Son histoire

Les sinagots, bateaux de type chaloupe, avec un gréement au tiers, une coque noire et des voiles ocre rouge furent utilisés jusqu’en 1964 par les pêcheurs de Séné, pour la drague des huîtres et la pêche côtière dans le golfe du Morbihan et en baie de Quiberon.

A l’origine, dans la première moitié du 19ème siècle, les sinagots n’avaient qu’un seul mat et une seule voile carrée (en bannière) amurant sur le coté.

Les sinagots avec deux mats furent construits à partir de 1857 et jusqu’à 1914 par le chantier Martin à Kerdavid en Séné et ensuite par le chantier Querrien au Bono de 1919 à 1943, soit au total 652 unités.

Ces bateaux rapides, formaient une flottille qui connut son apogée dans les années 1910 où elle compta plus de cent cinquante unités. Chaque année une partie de ces bateaux participait à des régates dans le golfe.

Entre Conleau et la pointe de Langle vers 1900

Entre 1860 et 1890

Construction essentiellement au chantier martin de kerdavid en séné.

Petit sinagot, d’une  moyenne de 3 à 5 Tx pour 6 à 7 mètres de longueur, il possède déjà deux mâts supportant deux voiles carrées.

Bas sur l’eau, peu défendu et ne sortant que rarement du golfe du Morbihan, sauf pour la drague des huîtres à Pénerf.

Les pêcheurs  utilisent également dans le golfe la seine pour le poisson et la drague à chevrettes (crevettes).

Les marins de Séné étaient connus pour leur rudesse, due à leur dur travail et pour leurs méthodes souvent à la limite de la légalité. Les femmes partageaient totalement cette vie à la mer.

Amiral Marquer construit en 1888
Quatre Frères construit en 1908 devant Port Anna

Entre 1891 et 1918

Construction essentiellement au chantier Martin de Kerdavid en Séné.

Le sinagot s’allonge, de 8 à 9,50 m de longueur pour 5 à 7 Tx. Franc-bord plus important, mieux défendu, il sort régulièrement du golfe pour la baie de Quiberon.

Son étambot s’incline de plus en plus et ses voiles commencent à s’apiquer. En plus des précédentes pêches, certains pratiquent le chalut à perche. Construction essentiellement à Kerdavid en Séné au Chantier Martin 

Les femmes  n’hésitent pas à travailler à bord comme les hommes, les autres vont régulièrement, à bord de leurs plates pêcher dans les îles voisines, et à Vannes pour vendre la pêche, transportant poissons et coquillages dans des paniers ronds en osier posés sur leur tête ou poussant la brouette.

Entre 1919 et 1943

Construction essentiellement au Bono, au chantier Querrien.

 Ultime évolution du sinagot : longueur de 9 à 10,80 m pour 8 à 9 Tx,  avec un étambot très incliné, des voiles apiquées et apparition d’un petit foc sur bout-dehors, caractérisent cette dernière étape.

 Bien défendu de l’avant, remontant mieux au vent, sa zone de  pêche s’étend désormais en plus du golfe du morbihan, à la baie de Quiberon, allant de port Haliguen au Croisic. Les pratiques de pêche sont : le chalut, la drague des huîtres et la seine.

Au niveau de l’équipage, pas de changement, toujours deux personnes, le patron, un matelot ou un mousse ou sa femme..

Néanmoins, pour la drague des huîtres à pénerf, un ou deux personnes supplémentaires  pouvaient être embarquées.

Le dernier sinagot construit pour la pêche est  »Les Trois Frères » en 1943 au chantier Quérrien du Bono.

Régates de Moustérian en 1951 (photo de Gérald André)

Entre 1944 et 1979

Après la deuxième guerre mondiale, la modernisation et la recherche de meilleurs profits furent cause de la fin des sinagots .

Presque cinquante d’entre eux,  à partir des années cinquante,  furent transformés en bateau de plaisance.

On les retrouve bien sur dans le golfe pour la moitié, mais aussi vers Nantes, en Normandie, à Paris.  D’autres traversent l’atlantique et un ira même naviguer dans le pacifique.

Presque tous sont dotés d’une cabine pour plus de confort.

Mais le temps fait son œuvre et ils disparaissent  les uns après les autres.

Il n’existe actuellement plus que deux  rescapés  de toute cette flottille. Le premier,  “Ma Préférée“ de 1933, sa coque est conservée au musée du bateau de Douarnenez, et le second,

 »Les Trois Frères ». Il est le seul aujourd’hui à naviguer tous les ans sur le golfe du Morbihan et au-delà.

Dans les années cinquante, il est lancé trois sinagots, mais uniquement pour la plaisance et non pour la pêche.

Deux à la Trinité Sur Mer : “Dear Miss“ en 1954, actuellement sous le nom de “Gwéned“ et “Belle Hortense“ en 1958 et un à Vannes,  “Joli Vent“ en 1958.  Ces trois bateaux naviguent toujours. Il n’y a que “Joli Vent“ qui a conservé le gréement des sinagots.

Jouet des Flots en 1963 entre Port Blanc et l'île aux Moines
Sinagot Les Trois Frères devant Moustérian, lors d'une régate entre 1944 et 1954

De 1980 à nos jours

A la belle saison on peut croiser sur le golfe quatre autres sinagots, mais ce ne sont que des reconstitutions. “Ma Préférée“ lancé en 1981, copie du bateau du même nom de 1933, “Mab er Guip lancé en 1985, copie du “Vainqueur des Jaloux“ de 1933, “Jean et Jeanne“ lancé en 1990, copie du bateau du même nom de 1905 et “Crialéis“ copie du bateau “Jouet des Flots“ de 1930.

Auquel on peut rajouter la constitution du sinagot “Souvenir“ de 1883, mais dans un but pédagogique, réalisée en 1987  pour le musée de Douarnenez.

De gauche à droite : "Les Trois Frères", "Jean et Jeanne", "Mab er Guip", "Crialéis", et "Ma Préférée" en 2015
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